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2.3.2   Couverture terrestre, occupation des sols et stratification Sujet précédent Sujet parent Sujet fils Sujet suivant

Bien que les termes de couverture terrestre et d’occupation des sols puissent être utilisés de façon indifférenciée, ils ne sont pas synonymes. La couverture terrestre peut connaître des variations temporaires sans incidence sur l’occupation des sols – le couvert forestier peut par exemple être temporairement supprimé mais la terre est maintenue dans la catégorie des terres à usage forestier si un programme de replantation ou un processus de régénération a lieu.
Les lignes directrices GPG 2003 demandent que les terres d’un pays soient qualifiées à partir des six catégories d’utilisation des terres du GIEC identifiées dans le Tableau 3: terres forestières, terres cultivées, prairies, zones humides, établissements humains et autres terres. En règle générale, les notifications relatives à ces six catégories d’utilisation des terres – de même que les passages d’une catégorie à l’autre – ne peuvent exclusivement se baser sur les observations de télédétection mais exigent des règles d’attribution susceptibles de s’appuyer sur une position spatiale explicite ainsi que sur des données auxiliaires (Tableau 6; Chapitre 4, Section 4.2.3): climat, écosystème, type de gestion, accessibilité et analyse de séries chronologiques (Encadré 7). Ces données sont en effet indispensables pour définir si une perte du couvert forestier est due au déboisement (changement de l’utilisation des terres) ou si elle est temporaire (aucun changement dans l’utilisation des terres, les arbres devant être replantés ou se régénérer). Cela peut donner lieu à des systèmes nationaux de stratification spécifiques qui sont alors catégorisés dans la classification du GIEC en fonction des définitions nationales.
L’attribution est le processus qui associe l’observation des modifications de la couverture terrestre avec les causes de perturbations sous-jacentes. Il faut en effet connaître la cause de la perturbation pour estimer les émissions ou absorptions de GES dans la mesure où différents types de perturbations peuvent avoir différents impacts sur les stocks de carbone (Kurz et al., 2009).

Tableau 6: Exemples de données auxiliaires et hypothèses pouvant aider à une classification des occupations des sols

Donnée
Source
Hypothèse
Plans d’aménagement des forêts
Organismes forestiers, parties prenantes
Ces plans sont mis en œuvre.
Établissement de cartes des plantations
Organismes forestiers, secteur privé
Les espèces plantées seront définies.
Espèces (ou distinction entre plantations et pousses naturelles)
Télédétection (les détecteurs peuvent être les mêmes ou différents, comme pour les séries chronologiques)
Les espèces plantées seront définies.
Les espèces naturelles auront été éclaircies pour faire place à d’autres usages.
Cartographie des incendies
Télédétection
Organismes d’aménagement du territoire
Les changements contemporains d’un incendie sont des incendies.
Parcs nationaux et aires protégées
Organismes d’aménagement du territoire
Les changements sont considérés comme naturels sauf indications contraires.
Types de climats ou de sols
Organismes chargés des ressources naturelles, centres météorologiques
Déterminer les types de cultures et de gestion liés à certaines régions (par ex. pas de cultures dans un désert).
La stratification est importante pour différentes raisons:
  • elle permet une meilleure utilisation des ressources pour préparer les estimations d’émissions et d’absorptions;
  • elle aide à la gestion des incertitudes;
  • elle confère davantage de flexibilité dans la notification des données de surveillance (s’agissant par ex., de l’efficacité des politiques conçues pour des strates spécifiques: types de forêts, types de risques);
  • elle permet d’élaborer des méthodes ou des processus spécifiques de collecte de données dans différentes strates (sur la base des méthodes optiques traditionnelles, il est par exemple beaucoup plus difficile de mesurer le déboisement dans des forêts fragmentées de zones arides que dans des forêts tropicales contiguës).
La stratification peut éventuellement être utilisée pour faire la distinction entre terres exploitées et inexploitées dans les différentes catégories, ceci permettant de se conformer à l’obligation d’inclure uniquement les émissions et absorptions anthropiques en utilisant le proxy des terres exploitées(1). Bien que cette approche de séparation des émissions et absorptions naturelles et anthropiques soit une méthode de substitution, c’est la seule approche habituellement praticable. Les établissements humains et les terres cultivées sont par définition exploités et il est possible que toutes les terres relevant d’autres catégories puissent être considérées comme exploitées.
La stratification n’entraine pas nécessairement l’utilisation de cartes, bien que des données spatialement explicites (comme les placettes géoréférencées de l’IFN) soient généralement utilisées(2). Elle peut s’appuyer sur des données de télédétection ou des données au sol, elle peut aussi combiner les deux types de données. Les strates doivent être suffisamment distinctes pour être identifiables et les limites des strates peuvent changer au fil du temps: c’est par exemple le cas lorsque la limite de perturbation se déplace dans des zones de forêt jusque-là non perturbées. Un certain nombre d’informations sont couramment utilisées pour la stratification, parmi lesquelles les densités de stockage (volume, biomasse ou carbone par ex.) ou les couches cartographiques spécialisées: sols, catégories de sites, topographie, aspect, espèces dominantes d’arbres ou groupes d’espèces. On peut trouver des exemples du processus de stratification chez McRoberts et al., 2002 et Olofsson et al., 2013.
L’estimation de la dégradation forestière et les ‘plus’ des activités REDD+(3) peuvent nécessiter des données à résolution plus fine (dans le temps et l’espace) que celles qui sont habituellement utilisées par les pays. Le renforcement des capacités nationales aidera à tirer le meilleur parti des innovations techniques au fur et à mesure de leur disponibilité(4). Pour la dégradation forestière, des informations auxiliaires sur les coupes, légales ou non, et autres perturbations, constitueront une aide précieuse.
Les probabilités de perturbations d’origine anthropique peuvent également constituer la base de la stratification. Le repérage de zones à haut risque de déboisement peut contribuer à l’élaboration de systèmes d’alerte précoce et de surveillance ciblée. Des sources de données et des outils sont disponibles pour aider à mettre en œuvre ce processus (Chapitre 4, Section 4.2.3). L’Encadré 20 et le paragraphe Chapitre 5, Section 5.1 apportent davantage d’informations sur la classification.

Encadré 7: Gestion des plantations au Kenya

Au Kenya, les pratiques habituelles de gestion des plantations après récolte consistent à mettre des cultures sur les sols concernés pendant 1 à 2 années avant de replanter. Dans ce cas, le programme de télédétection révèlera sans ambiguïté le changement du couvert végétal, celui-ci passant de la catégorie forêts à la catégorie cultures. Le processus d’attribution note que le changement du couvert végétal est dû à une intervention humaine (en raison des coupes). Il est cependant spécifié que les coupes sont intervenues dans une plantation (grâce à la connaissance des espèces et aux cartes de peuplement du système d’information sur les forêts). La politique et les règles de notification établies par le Gouvernement du Kenya considèrent que le cycle court de culture fait partie de la gestion de la plantation. En conséquence, la catégorie d’utilisation des sols reste inchangée (il s’agit toujours d’une utilisation forestière) et toutes les émissions associées à la récolte ainsi que les absorptions liées à la replantation, sont notifiées comme forestières. Cependant, il peut advenir que la terre ait été défrichée et qu’elle ne fasse plus l’objet de replantation. Si la couverture terrestre ne retourne pas à la forêt au terme d’un nombre d’années à déterminer, on peut considérer qu’un changement d’affectation des terres est bien intervenu au moment de l’abattage, la qualification de cette zone devant alors être actualisée en conséquence à l’occasion du rapport suivant.

 (1)
Document technique du GIEC 2010: Revisiting the Use of Managed Land as a Proxy for Estimating National Anthropogenic Emissions and Removals. S'ouvre dans une nouvelle fenêtre Les lignes directrices GPG 2003 se fondent sur l’hypothèse que toutes les émissions et absorptions sur des terres exploitées sont anthropiques.
 (2)
La stratification est possible sans données spatialement explicites, en utilisant, par exemple des fréquences d’occurrences de diverses catégories, des avis d’experts et des hypothèses crédibles.
 (3)
À savoir la conservation des stocks de carbone forestiers, la gestion durable des forêts et le renforcement des stocks de carbone forestiers.
 (4)
Par exemple, il est actuellement difficile d’associer les changements dans le couvert forestier et la dégradation. En octobre 2016, la GFOI et le projet GOFC-GOLD ont organisé un atelier et publié un rapport sur les développements techniques de suivi de la dégradation S'ouvre dans une nouvelle fenêtre.